Le malheur du cadre dirigeant : À qui la faute ?

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La décision de ne pas prendre en compte les lettres anonymes de dénonciation des cas de corruption, présentée sous l’angle de protection des cadres gestionnaires d’entreprises publiques et d’institutions des forfaitures de mauvais plansantins, réduit, en réalité, considérablement la force de frappe de la politique de lutte contre ce phénomène qui gangrène la sphère économique et administrative du pays.

Tout le monde sait que le recours systématique d’un bon nombre de citoyens à la dénonciation anonyme est dictée par la peur de tomber sous les feux de la vendetta. La corruption a tellement pris des proportions que certaines connexions dangereuses sont souvent établies et le dénonciateur, poussé par la volonté de réagir, se sait ecrasable face à l’auteur du délit au bras long.

Un système qui a élevé des larcins au rang de ministres, déroulé le tapis rouge aux traficants de drogues dures, mis en place une justice qui fonctionne au téléphone et qui mobilise la majeur partie de sa force publique à traquer le syndicaliste, l’acteur politique’l’animateur social, l’intellectuel libre et le journaliste indépendant ne peut donner une couverture de sécurité suffisante au bon citoyen, soucieux de la bonne marche de son administration et à l’ouvrier, veilleur sur son outil de travail, pour qu’ils osent la folie suicidaire de venir affronter à la barre le corrompu-corrupteur.

Si des gestionnaires ont été traînés dans la boue avant qu’il s’avère qu’ils sont innocents, la faute ne revient pas à la lettre anonyme. Il n’est dit nulle part dans les codes des procédures qu’il faut appliquer le contenu desdites lettres comme si c’était des édits de Napoléon. La lettre anonyme est juste une alerte pour que les services habilités puissent enclencher une veille, une enquête et un suivi du cas, dans la discrétion que requiert la procédure, pour séparer le grain de l’ivraie avant de donner suite formelle à l’opération si le cas dénoncé est largement établi.

L’erreur est dans le mauvais traitement de la lettre anonyme de dénonciation de la corruption et dans la tendance à la gestion arbitraire de la lutte contre la corruption. Le malheur qui a frappé les cadres gestionnaires venait souvent de la volonté de casser du cadre consciencieux qui résiste aux politiques de main mise maffieuse des bras longs du régime sur l’outil de travail public, comme fut le cas aux premières années de la décennie 90.

La dignité du dirigeant d’entreprise ou du cadre d’institution est plutôt bafouée par cette politique populiste de certains ministres et walis qui ont cette fâcheuse tendance à les savonner, de façon théâtrale, en direct et sur chantier, pour des raisons souvent fallacieuses. L’essentiel pour ces acteurs de la bouffonnerie est qu’ils amusent la galerie avec leurs faux costumes de veilleurs sur le bien public. Combien de ministres et de walis se sont offerts le malin plaisir d’enfoncer les têtes de chefs d’entreprises, d’ingénieurs de suivi, de directeurs sectoriels dans la boue devant les caméras pour qu’on découvre plus tard que ces donneurs de leçon sont de grands caïds de corruption.

La lettre anonyme n’a jamais été la source de malheur des cadres, ni un frein pour les plus intègres. Le proverbe algérien dit que ceux qui n’ont pas de foin dans le ventre n’ont jamais peur du feu.

Le malheur des cadres vient de la tendance à l’arbitraire dans la gestion de la lettre anonyme, de la dépendance du verdict judiciaire de l’appel téléphonique, de la dangereuse connexion entre l’argent sale et le pouvoir politique.

La lutte contre la corruption est d’abord une volonté politique, une fondation d’un nouvel État de droit, un pouvoir légitime, une transparence totale dans la gestion de la vie publique, une indépendance totale de la justice.

La lutte contre la corruption est surtout une affaire citoyenne. D’où la veille de tous, l’engagement de tous, y compris avec des lettres anonymes.

Moussa T.

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