L’Algérie, à l’ombre du kepi

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D’aucuns vous diront que l’armée est de plus en plus au centre de la vie politique en Algérie. Celle qu’on appelle, abusivement dans les médias, la grande muette s’avère être, hélas, la plus parlante des institutions de l’Etat.

Depuis le départ d’Abdelaziz Bouteflika, et même bien avant de quelques jours, jamais l’ANP a autant parlé directement au peuple par la voix autoritaire de son chef d’état-major. Le rituel qui tend à consacrer la suprématie du militaire sur le civil a été inauguré au faîte de la révolution citoyenne le mois de mars 2019, par feu le général Gaïd Salah, et il est en passe de devenir trait génétique de l’Etat sous les galons du général Said Chengriha.

La multitude d’interventions directes du chef d’état-major, parfois avec des accents de directives, dans la campagne électorale en faveur de la constitution proposée, couvre entièrement la voix à peine audible du chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune, pourtant chef des armées et ministre de la défense, fondé de pouvoir constitutionnellement à parler au nom de l’armée et d’exprimer ses orientations et ses positions.

De l’avis de tous les analystes et observateurs, le chef d’état-major  est trop présent dans les activités centrales de l’Etat. Son image est ostensiblement montrée dans les médias, y compris dans la cérémonie toute ordinaire de remise de prix aux meilleurs lauréats du bac. Et les communiqués officiels de la présidence ne sont pratiquement guère rédigés sans encenser l’armée. Les discours du chef d’état-major sont intégralement repris et en boucle, au même pied d’égalité avec ceux du chef de l’Etat, sur les chaînes de télévision publiques et privées, toutes mises sous contrôle du pouvoir et exclusivement ouvertes aux voix favorables à ses thèses.

Plusieurs analyses avancent que cette omniprésence de l’état-major de l’armée sur la scène politique tranche profondément avec l’aspiration du peuple algérien qui continue de réclamer le retrait de l’armée du champ politique et la nécessaire concentration de de ses activités sur ses missions constitutionnelles de protection militaire et sécuritaire du pays. Elle se dessine, selon certaines lectures, comme une sorte de rejet du slogan central des Algériens qui scandent depuis 18 mois :  » Etat civil et non militaire ».

Arezki Lounis

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