Ya-t-il un  “Général” à bord ?

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Il est clairement établi et admis par tous que la situation politique que nous vivons actuellement, inquiétante et ubuesque à la fois, est inédite depuis l’indépendance de l’Algérie.

Jamais le pays n’est apparu aussi désorienté et sans cap, sans chef capable de lui donner le ton, comme ces temps-ci. Devant la crise sanitaire qui perdure et la crise économique qui s’enlise, le pouvoir en place paraît tétanisé, désorienté et incapable d’imaginer un scénario cohérent de sortie de crise, susceptible de projeter le citoyen dans le court, moyen et long terme. L’improvisation et l’inconsistance se la disputent à l’arrogance de ministres dépassés par les évènements et incapables d’apporter des réponses aux problèmes qui s’imbriquent et s’exacerbent.

Rappelons-nous que lors du coup de force du 12-12, à défaut de la légitimité des urnes, le pouvoir avait mis en hypothèque de l’histoire le crédit supposé d’une institution dont le commandement est décrié dans la rue par le peuple en révolution depuis le 22 février 2019. Le président, placé à la tête de l’Etat, sensé apporter l’équilibre au sommet de la pyramide, ne semble pas disposer de toutes les clefs qui lui auraient permis de boucler les quatre quarts de la fonction présidentielle. La disparition inattendue et brutale de l’ancien Chef d’Etat-major avait ébranlé le piédestal d’un président mal élu et loin de faire l’unanimité au sein du commandement. L’épisode du candidat Mihoubi était révélateur d’absence d’unanimité et de la divergence des intérêts des clans décideurs au sein de l’armée. Les services des renseignements, voulant certainement reprendre la main, ont activé leurs réseaux, notamment dans les télés privées et dans l’administration à travers les walis, pour faire élire Mihoubi contre l’avis de l’Etat-major. La suite on la connait: l’intervention énergique de l’Etat-major la veille de l’élection a fait capoter le plan des services de renseignements au profit d’un président désigné par défaut.

La tentative de légitimation par les urnes en passant par un référendum sur une constitution triturée, aussi forcé que le scrutin du 12-12, n’a fait qu’aggraver la crise de légitimité des institutions dirigeantes du pays. Même la fraude n’a pas pu répondre aux aspirations d’un président absent et malade. Le boycott massif du scrutin par la population au niveau national n’a laissé qu’une infime marge de manœuvre aux professionnels du bourrage électoral, pas très motivé aussi (il faut le déduire) à revivre l’expérience d’un président omnipotent comme l’était Bouteflika. Tant de calculs d’épiciers dans la boutique politique du système qui ne tient compte, on l’a compris, ni de la souveraineté populaire, ni de ses aspirations à la démocratie et à la liberté.

Au contraire, le système dans toutes ses composantes n’a jamais esquissé un trait vers la prise en compte des revendications du Hirak qui avaient atteint des capacités de mobilisation inégalées dans l’histoire de l’humanité. Désarmé devant la détermination pacifique des Algériennes et des Algériens pour assoir une réelle transition démocratique vers un Etat de droit, le pouvoir a exploité d’une manière immorale la pandémie de la COVID19 pour tenter de jeter le discrédit sur les animateurs les plus en vue du mouvement en leur collant des histoires de droit commun imaginaires allant jusqu’à leur emprisonnement pour des faits invraisemblables tels que l’intelligence avec des services étrangers et incitation à l’athéisme.

Une répression associée à des tentatives d’apprivoisement de la rhétorique du Hirak pour s’acheter une nouvelle clientèle politique pour se régénérer, tout en faisant semblant de lâcher ses soutiens traditionnels (FLN, RND, TEJ, MPA, …). Ni l’une, ni l’autre stratégie, sommes toutes maléfiques, n’ont donné les résultats escomptés pour un pouvoir de plus en plus isolé du peuple, tant le refus de représentativité de la révolution a anéanti toutes les tentatives de récupération.

Aujourd’hui, l’équation est simple et elle n’a jamais été aussi simple à résoudre car les données sont identifiées. En effet, d’une part nous avons le peuple en révolution, uni dans sa diversité et, d’autre part, nous avons le système avec toutes ses composantes (Etat-major, administration, les corps constitués, FLN, RND, TAJ, MPA, UGTA, …) dont il faut préciser le poids, car ils ne pèsent pas plus de 9 % (23 % après la fraude) de tout le corps électoral.

Comme dans toute équation, celle d’une relation qui consiste à déterminer les valeurs que peut prendre la variable pour rendre l’égalité vraie, à savoir une transition démocratique vers un système représentatif et légitime dans le cas de l’Algérie. La seule inconnue qui reste à définir est celle de la représentation du système dans ce face à face avec le peuple.

Les instances «élues», cooptées et entachées de fraude et de corruption, sont de fait disqualifiées. Il est aussi clairement établi, à la lumière des résultats du referendum du 1er novembre, que le chef de l’Etat issu du coup de force du 12-12 ne peut fédérer qu’une partie du pouvoir de fait. Sa maladie et son absence, qui se prolongera selon toute vraisemblance, ne font que conforter l’idée du rôle secondaire qu’il joue dans l’échiquier du pouvoir en place: celui de la façade civile du système. Ainsi donc, il est évident que le système ne peut parler d’une manière crédible et sérieuse qu’à travers son centre décisionnel qui est celui de  l’Etat-major de l’armée, même s’il paraît que la fluctuation des rapports de force entre les clans au sommet de la pyramide rend tout compromis aléatoire. L’armée est tout de même considérée comme la colonne vertébrale du système et garante de sa pérennité et de sa stabilité.

Il est vrai qu’ici on est loin d’espérer un schéma du style de la révolution des Œillets du 25 avril 1974 au Portugal qui a entraîné la chute de la dictature salazariste qui dominait ce pays depuis 1933. Ce que l’on a fini de nommer «révolution» a commencé par un coup d’État organisé par des militaires qui se sont progressivement radicalisés par le rejet des guerres coloniales menées par le Portugal. Ce coup d’État, massivement soutenu par le peuple portugais, a débouché sur une transition qui a duré deux ans, marquée par de profondes divisions sur la façon de refonder le Portugal, mais qui, finalement, a profondément changé le visage de celui-ci. La révolution des Œillets a cette  particularité de voir des militaires porter un  projet démocratique qui avait consisté à mettre en place un gouvernement civil suivi par l’organisation d’élections libres. Cet événement était le début de la démocratisation du Sud de l’Europe qui avait entrainé dans son sillage la chute des dictatures espagnole et grecque.

Dans le cas algérien, à défaut d’un élan patriotique interne à l’institution militaire qui aurait pu mettre fin au long et catastrophique règne de Bouteflika et aurait pu ainsi  faire éviter au pays bien des malheurs, c’est le peuple qui a pris cette responsabilité vis-à-vis de l’histoire un certain 22 février 2019. Celui-ci, de par le caractère unifié et pacifique de sa révolution, claire dans son expression, met aussi l’institution militaire devant ses responsabilités historiques vis-à-vis de la nation. Soit elle est avec le peuple et ses aspirations à la démocratie et à la liberté, soit elle est tout simplement contre lui. Le système étant à cours de référents symboliques et de personnels humaines plus ou moins crédibles et capables encore de soigner sa façade civile ne peut se permettre cette opposition qui risque d’entrainer encore  le pays vers des horizons incertains.

La solution est dans le dialogue et la négociation transparente et nullement dans la confrontation dont le désordre ne profite jamais au peuple. Pour ce faire,  il faut bien qu’un «général» ou des «généraux» se décident enfin à prendre langue avec le Hirak et ses représentants légitimes, tous ses représentants, pour mettre en œuvre une transition constituante. L’expérience récente des soudanais devrait nous inspirer; n’est-il pas admis qu’il vaut mieux s’adresser au Bon Dieu qu’à ses saints? Il est plus indiqué pour le Hirak de traiter avec l’État-major, véritable détenteur du pouvoir, que de perdre encore du temps avec ses sous-traitants dont la feuille de route est déjà préétablie et au pouvoir très limité.

Il est encore temps de mettre fin à cette longue nuit sombre que traverse l’Algérie depuis son indépendance pour qu’on puisse enfin entrevoir l’éclaircie radieuse de la naissance dans le cadre d’une transition pacifique et ordonnée vers une vraie « Algérie nouvelle », celle des égalités, de toutes les égalités, des libertés et de la justice sociale.

 Med Amziane ACHERFOUCHE,

Militant politique

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