Cherif Kheddam où l’universalité conjuguée à l’authenticité

 

 

Il a quitté ce monde depuis 9 ans mais il demeure vivant à nous faire vivre à travers les chefs d’oeuvre, et sur le plan musical et sur le plan du texte, qu’il a légué à l’Algérie et à toute l’humanité.

Innovateur par excellence de la thématique de la chanson Kabyle, propagateur convaincu de la cause féminine à une époque où sont rares, dans notre société, ceux qui conjuguent la femme avec la notion de la citoyenneté, Cherif Kheddam était sans aucun doute le véritable maître qui a su faire accéder la musique Kabyle au stade de l’universalité à la manière de Mozart.

Cette extraordinaire performance musicale du Maestro a tendance à dissimuler la profondeur de ses textes et la pertinence du choix des thématiques et c’est sur ce dernier volet que je voudrait mettre l’action.

« Je suis méditerranéen, ma musique est Méditerranéenne, Turque, Grecque, Italienne et Algérienne… Je pars de ma spécificité pour toucher l’universel. Seule l’authenticité peut donner tout son sens à une œuvre musicale ou autre », disait l’artiste.

Y a-t-il plus clair que cette affirmation de Cherif Kheddam pour comprendre l’appartenance de la spécificité Kabyle à l’environnement culturel, plus large, Nord Africain, voir Méditerranéen ?

Le génie et la culture savante de ce monument artistique a donné la preuve que toute culture est capable d’atteindre l’universalité.

Cette évidence incarnée dans la beauté exceptionnelle des perfections poétiques et musicales de Cherif Kheddam confirme que la culture kabyle est bel et bien vivante.

De part toutes les lectures et toutes les études réalisées sur l’œuvre artistique du Maestro Cherif Kheddam, nous avons constaté la primauté de l’analyse du volet musical sur celui de la thématique, de la profondeur poétique et l’engagement militant dans ses textes.

Je voudrais mettre en évidence le potentiel de pensée universelle basée sur une authenticité foncièrement Kabyle qui caractérise la poésie de Cherif Kheddam.

J’aimerais, aussi, mettre en valeur certains aspects qui ont été relégués au second plan dans les tentatives d’analyse de cette œuvre magistrale.

Tahar Djaout écrivait, dans l’hebdomadaire Ruptures, en 1993 : « Dés ses début, Cherif Kheddam a été considéré comme un révolté, un enfant indocile qui bouscule les conventions et les tabous. ».

Le premier aspect que je voudrais évoquer s’inscrit, justement, dans cette optique moderniste révélée par le regretté Djaout.
À la fin des années cinquante, Cherif Kheddam s’interrogeait, déjà, sur l’utilité de porter le voile islamique par une femme toute habillée du Nif Kabyle.

A travers une chanson « Dacui d lahjab n therrit », Dda Cherif s’est exprimé d’une manière très progressiste sur l’une des questions qui fâchent le plus le caractère conservateur de notre société .

Pour joindre l’acte à la parole, il a, même, chanté en duo avec sa fille, signe de modernité qui , chez Dda Cherif, n’est pas un discours creux mais une réalité dans sa vie quotidienne.

Le second aspect que je tenterai de mettre en lumière est l’omniprésence du caractère universel dans les textes de Cherif kheddam.

Contrairement à l’hypocrisie environnementale de l’occident où le débat sur la protection de la planète ne dépasse pas les lignes rouges tracées par les puissants de ce monde, notre artiste a su humaniser ce combat en dénonçant le danger destructif de la technologie nucléaire dans sa chanson intitulée « Lukan igxeddem wemdan ».

La dernière caractéristique de la poésie de Dda Cherif qu’on doit mettre en exergue et qui demeure pour moi d’une importance capitale pour illustrer le coté militant de l’artiste est, incontestablement, son insistance sur la résistance de la Kabylie à tous ceux qui voulaient lui faire perdre son originalité et la normaliser.

Dans une chanson très engagée, intitulée « Sebhan-k a win tt-yett3uzen kecc yesse3lin ccan-is », nous pouvons constater la mise en valeur, par l’artiste, d’un amour réciproque des plus profonds entre la terre kabyle et son peuple.

De part ces trois axes essentiels qui figurent parmi tant d’autres dans le répertoire poétique de Cherif Kheddam, nous ne pouvons que confirmer que notre Maestro n’a pas uniquement honoré la Kabylie par le fait qu’il était son ambassadeur artistique incontestable mais il a, magistralement, démontré à tous les citoyens du monde l’étroite relation entre la pensée kabyle et l’universalité.

Moussa Nait Amara

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