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Démocratie américaine

 

Je regardais, hier, avec beaucoup d’amertume, les partisans de Trump prendre d’assaut le Capitole, symbole du pouvoir américain, suite à l’appel du ci-devant dans une pitoyable tentative d’invalider les résultats de l’élection présidentielle de novembre dernier que même un chef d’Etat africain n’aurait pas osée. Pathétique Amérique ! Et pourtant…

Les Etats Unis ont ceci de particulier qu’ils sont venus au monde avec le régime démocratique comme tétine et une constitution déjà adulte pour nourrice des premiers jours. Très peu de pays peuvent se targuer d’un passage aussi rapide de l’état de colonie à celui d’un Etat indépendant déjà politiquement évolué !

Les pères fondateurs de la nouvelle démocratie en pleine éclosion, passés à la postérité en raison de leur dimension d’hommes exceptionnels et vénérés dans l’Histoire du pays comme des figures paternelles ayant marqué leur temps d’une manière indélébile, ont su insuffler à leurs compatriotes l’amour du pays en même temps que le respect et la sacralité des institutions. Leur droit et leur système politique ont fait, jusqu’à présent, montre d’une stabilité et d’une vigueur remarquables tout le long des quelques siècles de leur jeune existence.

Avant la seconde guerre mondiale, le monde entier, qui ne la connaissait que de loin, était empli de sympathie à l’égard de cette jeune nation plus préoccupée par ses affaires et son développement intérieurs que par quelque velléité d’expansionnisme ou d’interventionnisme extérieur devenus un sport international pour les vieilles nations européennes.

Cependant, ses succès économiques et son Histoire auréolée de légendes et magnifiée par les récits de la ruée vers l’or et de la conquête de l’Ouest suscitèrent bien des vocations et alimentèrent le mythe – mais en est-ce un – du rêve américain du début du siècle dernier qui happa ou fit soupirer bien des prétendants à l’aventure.

C’est seulement avec la seconde guerre mondiale dont elle fut l’artisan de la victoire grâce à ses ressources humaines, naturelles et technologiques que l’Amérique s’imposa comme un acteur majeur sur la scène internationale et, surtout, comme la seule puissance capable de tenir à distance une Union Soviétique trop gourmande dont les intentions de domination politiques agressives étaient par trop manifestes, particulièrement sous Staline. La chute du mur de Berlin et la décomposition de l’ex-URSS laissa le champ libre aux Etats Unis devenus seuls maîtres à bord et le gendarme incontesté du monde qui distribue les bons et mauvais points suivant ses humeurs et au gré de ses alliances et intérêts stratégiques du moment.

Bien entendu, cela n’a pas manqué de lui attirer des ennemis. Beaucoup même. Mais aussi beaucoup d’amis et de protégés que le bouclier américain met à l’abri de représailles de puissants ou malveillants voisins et parfois de leurs propres peuples à l’image des monarchies du Golfe persique. Il n’en demeure pas moins que la démocratie américaine, aidée par sa formidable puissance économique et militaire ne manque pas – et à raison -d’impressionner et d’être enviée à travers le monde qui en a fait un Eldorado où les gens réussissent grâce à la seule vertu travail et à la liberté individuelle qui y règne sans entraves.

Malheureusement, si la démocratie est, d’Athènes à nos jours en passant par Rome et faute de mieux, le moins mauvais système de gouvernement qu’on puisse imaginer pour les hommes, elle demeure fragile et sa logique de fonctionnement peut parfois réserver des surprises en enfantant, par exemple, son propre parricide si les contre-pouvoirs mis en place ne sont pas suffisamment solides.

Par ailleurs, des conditions économiques particulières peuvent amener à l’élection d’un dirigeant insuffisamment mature pour la fonction ou dont la personnalité ne parvient pas à appréhender toute la complexité et l’ampleur de sa charge.

C’est ce que vient de faire subir Trump à l’Amérique en tournant sa démocratie en bourrique, mais sans trop parvenir, fort heureusement, à ses fins. Tous les poncifs ci-dessus ont été passés en revue.

Requin de l’immobilier ne pouvant souffrir l’échec, Trump possède un logiciel bloqué sur la réussite à tout prix. Sa vie d’avant l’ayant déjà habitué au moindre effort, il n’est pas un monstre de travail : couche-tôt et lève-tard, il passe son temps à regarder la télé et jouer au golf à Mar-a-Lago que de s’occuper des affaires de la Nation comme le lui commande sa charge.

Lorsqu’il est activé, aucune règle de conduite, aucune barrière matérielle ou éthique ne semblent compter pour lui, ni aucune réprobation politique ou morale. Népotisme à la Maison Blanche, grâce pénale pour les siens, corruption tous azimuts, violation de la loi, menaces, usage abusifs de recours judiciaires ou encore détournement de la fonction présidentielle à des fins personnelles, aucun affront, aucune humiliation n’ont été épargnés par Trump à la démocratie américaine.

Tous ces outrages cumulés en seulement quatre ans ont fait de cette dernière une caricature de système politique digne des pires républiques bananières. Elle fait pâle figure et de la peine à voir eu égard à son passé !

Les hommes politiques qui gravitent autour de Trump, courtisans sans honneur qui aggravent son côté sombre au lieu de le modérer, particulièrement le parti républicain à quelques exceptions près, me font invariablement penser aux troupes du FLN et du RND, si inconsistants et si veules n’ayant aucun principe, ni d’autres idées ou programme que celui du puissant en place en se complaisant dans une attitude de soumission confinant à la déchéance !

Heureusement que, malgré la tourmente et la crise qui accablent simultanément l’Amérique, la séparation des pouvoirs reste une réalité intangible et les juges, même ceux nommés par Trump lui-même, ont fait leur travail dans l’abnégation, l’honneur et l’intérêt de la Nation !

Tous les recours intempestifs introduits par l’équipe présidentielle ont été systématiquement rejetés et la cour suprême, pourtant majoritairement républicaine, a refusé de se compromettre dans les manœuvres déshonorantes et séditieuses de Trump qui, malgré tout ce décadent grabuge, quittera son poste le 20 janvier prochain sous la marque infamante du président américain le plus insignifiant de l’Histoire des Etats Unis et dont toute la présidence n’aura été qu’une immense imposture !

En se ridiculisant ainsi à la face du monde par la grâce d’un populisme infantilisant, la démocratie américaine nous donne cependant une leçon de (sur)vie : la démocratie est un système politique fragile qu’il faut en permanence protéger. Politiquement et juridiquement. En renforçant la séparation et l’indépendance des trois pouvoirs d’abord (c’est un pouvoir judiciaire indépendant qui a sauvé l’Amérique de la perdition) et en criminalisant, sans possibilité d’immunité en la matière, toute manœuvre d’accaparement personnel du pouvoir par le président en place, ensuite.

Pour finir, le pouvoir s’avérant souvent une pathologie qui monte à la tête, il faudra peut-être opter pour un seul mandat présidentiel non renouvelable, d’une durée moyenne suffisante (5 à 6 ans), afin que la tentation de se perpétuer au pouvoir ne soit plus à portée de qui que ce soit. Le tout sous la surveillance d’un organe constitutionnel au dessus des contingences par sa composante de magistrats inamovibles dont le processus de désignation reste à préciser.

Il reste que les images fournies au monde d’une Amérique au fond de l’abîme ne demeureront pas sans conséquences : si la toute puissante et enviée Amérique a pu, ne serait-ce qu’un instant, frôler le coup de force, alors rien ne peut plus empêcher de par le monde des roitelets, des tyranneaux, des militaires et des chefs de guerre de toute sorte d’en faire autant et de prendre le pouvoir ou de s’y maintenir par la violence.

Plus personne ne pourra plus leur faire la leçon parce que personne n’a osé la faire à l’Amérique!

Mohand Ouïdir Boumertit

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