Au royaume des idées, le religieux est aveugle, sourd et nuisible !

 

Constant dans ses dénonciations d’un faux islam ainsi que des ses interprétations erronées, Saïd Djabelkhir, islamologue, penseur moderne et objectif, s’exprimant en langue arabe qui plus est afin d’atteindre l’immense majorité des croyants, ne cesse de soulever l’ire de tous ceux qui gravitent en parasites autour de la religion et/ou qui en font leur fonds de commerce. Le vrai problème est qu’ils se sentent pousser des ailes parce que personne – Etat comme société civile – ne semble vouloir les arrêter et mettre fin à leur solitaire cavalcade qui commence à déteindre dangereusement sur le pays dans ses différents éléments constitutifs. Ils agissent en gardiens autoproclamés du temple, pour ne pas dire en uniques propriétaires de la religion, et s’arrogent tous les droits y relatifs, à commencer par celui d’excommunier toute idée contrevenant au dogme et à l’ordre établis.

I – Mais à qui donc appartient l’islam ?

Voilà, de nouveau, un penseur éclairé qu’on veut réduire au silence en l’empêchant de produire une réflexion indépendante de l’ordre moral en vigueur susceptible d’influer positivement sur un magma de fidèles dont le meilleur de leur conscience religieuse consiste à obéir aveuglément aux gardiens (auto)désignés du temple ! Forcément, le raisonnement d’un islamologue ouvert et objectif ne peut qu’être représentatif de grand danger vis-à-vis de ceux qui professent un unanimisme absolu sur lequel ils vivent comme des parasites sur un terreau fertile.

Parce que faisant office de l’ingrédient principal de plusieurs recettes assaisonnées à toutes les sauces, la grande question qui se pose dès lors est de chercher à savoir à qui appartient vraiment l’islam. Est-ce à toute l’Humanité, à ses fidèles ou seulement à ceux de certaines doctrines et sectes très actives à travers le monde parce que boostées par des monceaux de pétrodollars ?

– Si l’islam appartient à toute l’Humanité parce qu’ayant une vocation universelle, alors les musulmans doivent laisser tranquilles tous ceux qui le critiquent ou en font des analyses différentes de leurs façon de voir, parce qu’on n’embrasse pas une religion sans l’avoir au préalable étudiée, critiquée et en fin de compte en avoir été convaincu… ou pas ! Si l’islam appartient à l’Humanité, il devient un patrimoine commun de celle-ci et n’appartient dès lors à personne en particulier. Les vrais musulmans ne doivent pas s’offusquer des caricatures, de critiques, voire des blasphèmes qui le concernent et doivent uniquement exiger le respect qui leur est du en tant que croyants au même degré que les chrétiens, les juifs et tous les autres croyants même non monothéistes ! Ils peuvent aussi le défendre par le moyen de la raison et de l’argumentation, ce qui ajouterait à son aura.

– Si l’islam appartient seulement aux musulmans, pourquoi ces derniers cherchent-ils alors à l’imposer aux autres quittes à les brusquer dans leurs propres croyances et à les agresser dans leur environnement et leur façon d’être ? Et pourquoi ne le gardent-ils pas, dans ce cas, dans une sphère exclusivement privée puisqu’il s’agit d’une affaire strictement personnelle entre chacun et son créateur ? Pourquoi en faire un instrument d’exclusion des autres chez les musulmans et d’exclusion des musulmans chez les autres au point de l’ériger en obstacle de dialogue entre civilisations et en coupeur de passerelles ?

– Si, par contre, l’islam n’appartient qu’à certaines obédiences qui en font une appropriation sectaire et une épée de Damoclès au dessus des têtes, on comprend très bien qu’il fait un bon registre de commerce au moyen duquel elles peuvent réaliser plusieurs affaires juteuses à la fois : obtenir des fonds, beaucoup de fonds même, obtenir des privilèges dans la société en s’érigeant comme les gardiens du temple qui disent et appliquent sa jurisprudence et négocier des contreparties politiques avec le pouvoir en place, surtout lorsque celui-ci n’est pas lui-même suffisamment légitime et ne repose pas sur des fondement populaires solides ! Ces musulmans-là, fondamentalistes pour la bonne cause (argent et pouvoir), réagissent de manière épidermique au moindre frémissement de la société susceptible de remettre en cause l’ordre établi et, partant, leur suprématie ainsi que celle du pouvoir en place avec lequel ils partagent les bénéfices et beaucoup d’autres avantages en réalisant un échange de bons procédés : ils diffusent l’idéologie totalitariste nécessaire au maintien du pouvoir qui leur renvoie l’ascenseur en leur livrant la société pieds et poings liés !

Il va de soi que des électrons libres comme Saïd Djabelkhir, savant religieux de surcroît, ne peuvent qu’être perçus que comme des poches de résistance à réduire ! De mauvais exemples dont il faut vite empêcher la multiplication !

Mais, a-t-on le droit, en dehors d’une théocratie, d’attaquer en justice les idées personnelles d’un individu, quelles qu’elles soient, tant qu’elles ne portent pas atteinte à l’ordre public et n’enfreignent aucune disposition pénale ? Ester en justice est un acte démocratique à la base, mais le faire pour empêcher l’expression d’idées signifie qu’on attend une décision absolutiste et antithétique de toute forme de démocratie ! Les islamistes derrière le dépôt de plainte contre Saïd Djabelkhir savent ce qu’ils font : ils inaugurent un fonctionnement fascisant de l’Etat qui, s’il y est donné suite, débouchera sur un absolutisme aux relents théocratiques évidents mais dont les relents deviendront très vite les principes essentiels ! Cette plainte, acceptée par la justice, est pour les islamistes la première flamme d’un bûcher érigé sur la place publique, le premier pas vers l’abîme. Un autodafé qui en appellera d’autres !
II – Qui peut juger Saïd Djabelkhir ?

Voilà un bien curieux dilemme pour un droit positif hérité de pays aux profondes traditions démocratiques ! Lorsqu’une affaire porte sur des actes répréhensibles répertoriés avec leurs sanctions dans le code pénal, il est loisible pour un magistrat formé dans le domaine d’y ajouter une sentence logiquement fondée sur des articles de loi accessibles à tous et compréhensibles pour le commun des citoyens qui peuvent ainsi déterminer si leur justice est contributive au maintien de l’ordre public et au bien être social ou pas !

Mais lorsqu’il s’agit de juger les idées, voire toute la pensée, d’un intellectuel, quel que soit son domaine, a fortiori lorsqu’il est académique, la chose est-elle encore valable ? Elle ne peut normalement l’être car impossible en soi : pour juger, le magistrat se réfère à un corpus de référence qui fixe d’avance les incartades et leurs conséquences ! Lorsque le grief porte sur des idées originales, œuvres de l’esprit de leur unique auteur, aucune correspondance ne peut leur être associée dans les textes répressifs et la seule voie de sortie est – à la limite – le débat et la contradiction que des intellectuels de son rang peuvent lui apporter au grand bénéfice la réflexion et du progrès social !

Pour ce faire, il faudrait d’abord que ses contradicteurs fassent partie de ses pairs et, encore, l’acte demeure subjectif parce que personne ne peut s’arroger le droit absolu de la connaissance s’il n’agit en inquisiteur et personne ne détient la vérité absolue ! Tout est question d’interprétation et chacun peut voir midi à sa porte.

L’islam est une religion à vocation universelle et, à ce titre, sujette à interprétation et à différentes compréhensions en fonction des référents culturels, sociologiques et historiques des personnes qui y adhèrent. Cela a donné naissance à diverses écoles religieuses et à des obédiences allant de la tolérance la plus souple à l’extrémisme le plus violent, du soufisme à daech ! Les exégèses de savants religieux foisonnent et divergent entre elles formant des contrastes nombreux à travers les siècles et les lieux. De nouvelles interprétations sont en voie d’être fondées au regard de l’ère moderne et des nouveaux aspects de la vie quotidienne et celles de Saïd Djabelkhir sont parmi les plus éclairées !

Alors, que faut-il juger chez-lui et par qui faut-il le juger ? Pourtant, ce rôle échoira au juge. Un juge formé à trancher des litiges de droit en référence à des textes de droit mis à sa disposition par le législateur pour lui servir d’outils. Ce qui n’a rien à voir avec le problème auquel il sera confronté dans le cas d’espèce. Il n’est pas expert en islamologie et aucun texte de loi ne lui sera de quelque utilité. De plus, même si tel est le cas, ça ne sera qu’un avis contre un autre et celui du penseur doit même prévaloir attendu que le juge n’est pas là pour produire des idées mais seulement pour rendre un verdict conforme à la loi !

La situation est ubuesque et renvoie l’Algérie à sa véritable dimension de république bananière où les tontons-macoutes règnent en maîtres et peuvent jeter arbitrairement en prison leurs opposants y compris lorsque ce ne sont que des idées ! Pourvu que leur pouvoir et leurs privilèges soient saufs, tout le reste est quantité négligeable y compris le ridicule qui enveloppe le pays !

La conclusion est que, à moins de détourner le code pénal de sa destination première et de contourner le sens de ses articles au profit d’une inquisition qui ne dit pas son nom, la plainte déposée contre Saïd Djabelkhir n’aurait jamais du être instruite et les plaignants auraient du être renvoyés illico à leur misère intellectuelle et à leur obscurantisme qu’ils veulent étendre comme un voile ténébreux sur la société algérienne qui n’a pas besoin qu’on rajoute à sa peine dans cette matière !

Penser seulement à faire le procès de Saïd Djabelkhir est une hérésie de la pensée moderne et une aberration juridique qui ne peut trouver de fondement légal. Lui donner corps relève de l’inquisition la plus intolérante qui renvoie l’Algérie à un Moyen Âge chrétien brutal de triste mémoire !

On relèvera avec beaucoup d’amertume que la plainte pour torture et traitement inhumain et dégradant déposée par les avocats de Walid Nekkiche, actes pourtant prévus et sévèrement réprimés par le code pénal, n’a pas été retenue par le juge. Le parquet ne s’y est résolu que contraint et forcé après le scandale et la stupeur ressentis dans la société. Deux poids et deux mesures d’une justice dont la balance penche dangereusement vers les abysses.

Mohand-Ouïdir Boumertit

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