Avec Cesaire et Singhor, Slimane Azem parmi les personnalités ayant fait vivre la République Française

En France, le comité scientifique présidé par l’historien Pascal Blanchard a rendu au gouvernement une liste de 315 noms issus de la diversité. Ce travail doit permettre aux élus d’inscrire, dans l’espace public, ces vies exemplaires mais souvent oubliées. 

Parmi  “ces personnalités, qui toutes ont contribué à faire vivre la République française”, le journal français La Croix qui rapporte l’information, cite le chanteur de l’exil Slimane Azem. 

Le média français consacre au grand chanteur kabyle un portrait à côté des grandes figures intellectuelles de la francophonie Leopold Sedar Senghor et Émé Cesaire. 

Dans son récit, la Croix écrit ceci sur Slimane Azem

“  Le monde des cafés-concerts et des scopitones, Slimane le découvre après-guerre, à Paris. Mais son existence commence au lendemain d’un autre conflit mondial, en 1918, en Kabylie. Cette région d’Algérie dont le poète Si Mohand conte les blessures et qui, dans ces années-là, endure la famine et voit partir ses enfants. Trop de bras, si peu de terres viables. Slimane a 11 ans quand il devient employé agricole chez un colon, près d’Alger. Moins de 20 quand il gagne, dans l’est de la France, Longwy et sa sidérurgie.

Ses premières années en métropole ressemblent à celles de tant d’autres immigrés, venus avec l’espoir de repartir un jour et ballottés par les événements. En 1939, Slimane est mobilisé à Issoudun, près de Bourges. Réformé en 1940, il découvre Paris, sous terre, comme aide électricien dans le métro. Puis il est requis, en 1942, dans les camps de travail de Rhénanie, jusqu’à sa libération trois ans plus tard. Le début d’une nouvelle vie.

Le jeune ouvrier prend la gérance d’un café dans le XVe arrondissement et très vite, se produit dans les cafés-concerts fréquentés par les travailleurs immigrés, en grande majorité kabyles. Puis compose ses propres chansons. Est-ce les poèmes déchirés de Si Mohand ? Les fables de La Fontaine à l’école coloniale ? Slimane a le goût des mots et la passion des paraboles. En 1955, il enregistre A Moh A Moh.

Dans ces années 1950 où les maisons de disques se structurent, il signe avec la firme Pathé-­Marconi. Désormais inscrit à son catalogue arabe, on l’entend sur les ondes de l’ORTF. Ses disques s’arrachent chez Mme Sauviat, seule disquaire de Paris à vendre les albums d’artistes nord-africains. Mais s’il chante le destin malheureux de son pays, Slimane est de ceux qui, avec autant d’ardeur, désirent le changer.

La mairie du 14e arrondissement de Paris a déjà nommé une place au nom de Slimane Azem en décembre 2013. / Marion Esquerré pour La Croix

Alors que Messali Hadj continue d’incarner le nationalisme algérien, le grand frère de Slimane, Ouali, enchaîne les fonctions dans l’administration coloniale. Slimane choisit ce qui semble irréconciliable, l’indépendance de son pays et la fidélité familiale. Il paie pour les deux. Censuré en France pour son engagement politique, explicite dans Criquets, quittez mon pays ou Quand la lune paraît. Banni d’Algérie pour la proximité avec son frère, durant vingt-cinq ans.

Sur les deux rives pourtant, il triomphe auprès de la communauté maghrébine, tout en restant invisible au-delà. Premier artiste maghrébin à décrocher un disque d’or en 1971 aux côtés de la chanteuse Noura, il devient sociétaire de la Sacem et remplit l’Olympia. C’est l’époque de Carte de résidence,où il évoque, en kabyle et en français, la mémoire combattante de ceux que la France laisse en attente.
Au début des années 1980, Slimane se retire dans sa ferme à Moissac, au milieu des collines plantées de figuiers et d’oliviers, où il décédera en 1983. Slimane Azem est réhabilité en 2012 en Algérie. En 2007, le groupe Zebda reprend Carte de résidence dans l’album Origines contrôlées” .

Nadia Mehir

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