Belkacem Zeghmati, une déclaration et des ratés

Nous savons tous que la justice Algérienne n’a jamais été indépendante. Mais la menace populiste du ministre de la justice, Belkacem Zeghmati, d’emprisonner quiconque responsable administratif oserait ne pas appliquer les directives du gouvernement, est une confirmation solennelle de mise sous tutelle du pouvoir judiciaire. Au-delà de cette conclusion de fait, la sortie du membre du gouvernement reflète aussi le non-intérêt qu’accorde le pouvoir en place à tout ce qui intéresse l’opinion publique nationale et à tout ce qui touche au droit de l’Homme.

Se mettre ostensiblement à la place du juge et anticiper  un verdict de mise sous cachot des fonctionnaires, qui se rendraient coupables à ses propres yeux, et uniquement aux siens, de gêner le travail du gouvernement, s’inscrit en droite ligne avec l’arrêt extra judiciaire prononcé, auparavant, par le chef de l’Etat à l’encontre du journaliste professionnel Khaled Drareni, inculpé par son excellence et par abus de pouvoir de Khabarjji et d’agent intelligeant avec les chancelleries étrangères. La condamnation formelle qui s’en est suivie n’était qu’une application stricte du prononcé présidentiel, s’accordent tous les analystes.

Le moins que l’on puisse tirer des dires de Belkacem Zeghmati prononcés au moment où l’opinion publique nationale et internationale est scandalisée par ce qu’a enduré l’étudiant Walid Nekiche comme tortures physiques et morales, est que le gouvernement Algérien évolue dans le déni des réalités nationales et agit par mépris vis-à-vis du peuple Algérien.

Instruire les administrations publiques de se soumettre aux directives gouvernementales et à se délester des réflexes bureaucratiques peut se suffire d’une correspondance interne et de prise de décisions disciplinaires intra-muros. Le crier sur les toits d’une république qui prend eau de toutes parts n’est que du populisme primaire,improductif et honteux.

Le peuple Algérien est plutôt attentif à ce que se décidera à l’encontre de ceux qui, fidèles à l’esprit d’Aussares, ont pratiqué sous le drapeau Algérien la torture abjecte sur un étudiant qui n’a de tord que celui de réclamer droit, liberté, dignité et justice.

Les Algériens s’attendaient à ce que la chancellerie explique le fait que deux lectures extrêmes se fassent d’un même fait, et pourquoi  le parquet se permet un réquisitoire aussi extravagant qui relève plus de l’hystérie et de la volonté de terminer le sale boulot commencé ailleurs que du Droit.

Les Algériens qui assistent à une extrême et honteuse instrumentation de la justice s’attendent surtout à ce que Belkacem Zeghmati se condamne à la réclusion politique et se mette dans les oublis des annales de la responsabilité publique.

Arezki Lounis

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