[ ENTRETIEN ] La militante tchèque Libuse Addarova : J’ai deux grands projets pour Tamazight dans mon pays

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Libuse Addarova est Auteure du Projet de la collaboration culturelle tchéco-franco-berbere -CC-TFB
Elle est élue membre d’honneur de l´Assemblée Mondiale Amazighe – AMA.

Dans son pays , la Tchéquie, Libuse Addarova milite sans relâche pour faire découvrir à son peuple les multiples facettes de la culture amazighe en général, et Kabyle en particulier.

Dans cet entretien accordé à Ameslay, la militante berbériste de Prague nous parle de sa rencontre avec la culture amazighe, ses différentes actions culturelles et ses projets pour Tamazight.

 

Comment avez-vous croisé la culture berbère et qu’est-ce qui a pu déclencher en vous cet intérêt à tout ce qui touche à notre culture ancestrale ?

Il faut dire tout d´abord préciser que je suis francophone depuis ma jeunesse et l´amour pour la langue française et cette culture m´ont accompagné toute ma vie. Après ma première visite en France en 1969, j´ai dû attendre 21 ans, autrement dit jusqu´à la Révolution du Velours pour pouvoir y aller de nouveau. Alors j´ai visité ce pays plusieurs fois pendant les années 90 comme enseignante avec mes élèves ou pour participer à des événements culturels. Quand je discutais avec les Français sur la vie en Tchéquie et en France, une bonne partie de mes interlocuteurs pensaient que les Maghrébins, c´est-à-dire les Tunisiens, les Algériens et les Marocains, étaient pour eux un grand problème. Personne ne m´a jamais dit qu´en Afrique du Nord, il y a les Berbères en général et Kabyles en particulier.

Le 1er janvier 1998, j´ai passé le Nouvel an dans un restaurant à Prague et j´ai entendu deux jeunes hommes parler français. Quand je les ai demandé d´où ils sont, ils m´ont répondu : «  On est Berbères de l´Algérie ». Depuis ce jour j´ai voulu savoir plus.

 J´ai cherché dans les livres l´histoire les informations sur l´Afrique du nord, et j´ai commencé à écouter Idir, Matoub Lounes, Lani Rabah, les Abranis et d´autres chanteurs kabyles. C´est aussi la littérature et les films qui ont attiré mon attention. J´ai lu les romans de Mouloud Mammeri, de Mouloud Feraoun, de Daniel Prévost et aussi d´Henri Lhote sur Tassili et Camille Lacoste Dujardin sur l´ethnologie des contes kabyles.  Á la fin je ne peux pas oublier l´artisanat comme les bijoux, les tapis et la poterie kabyles que j´aime beaucoup.

Pour moi c´était une très grande découverte de la civilisation et de la culture multimillénaire. Je me suis dite qu´il faut faire la promotion de cette riche et belle culture.Et c’est ce que je fais toutes ces dernières années.

Il y a deux ans, vous avez initié une activité culturelle à Prague pour faire découvrir la culture berbère au peuple Tchèque. Comment était la réaction du public ?

En septembre 2006 j´ai créé le Projet de la collaboration culturelle tchéco-franco-berbère qui a pour le but de programmer des évènements culturels où les artistes pourraient se rencontrer et s´enrichir mutuellement. J´ai fait plusieurs exposés-débats sur l´histoire et la culture amazighes, des petites expositions et un concert du chanteur Zayen à Prague en janvier 2019. Son frère a pu exposer ses tableaux par la même occasion.

Le public tchèque était très content de découvrir quelque chose de nouveau pour eux.  

Avez-vous organisé d’autres activités du genre depuis ?

En septembre 2019, j’ai déménagé de Prague a Karlovy Vary, la ville thermale de ma jeunesse. Avec un propriétaire d´une galerie, nous avons préparé mon exposé-débat qui avait lieu en janvier 2020. Nous n´avons pas pu faire d´autres activités à cause de la pandémie de covid-19, une situation sanitaire qui dure jusqu´à ce jour. 

Qu’est-ce qui vous a le plus marquée ou, disons, subjuguée dans la culture berbère ?

Il y a beaucoup de choses qui m´ont marqué et subjugué, surtout la musique qui peut lier et rapprocher les gens de différentes nations et cultures . D’ailleurs, dans cette optique de permettre au peuple Tchèque d’être en contact avec la culture amazigh, nous avons le projet de faire les présentations des bijoux kabyles et organiser les Jours Internationaux de la Littérature, cette année encore, où je veux inviter l´écrivaine Fatima Kerrouche et le poète Brahim Saci. J´espère que ça sera possible. 

Pouvez-vous nous dire plus sur votre relation avec la culture berbère et les acteurs culturels amazighs ?

En novembre 2008, j´ai participé à un colloque où j´ai pu faire une rencontre inoubliable en allant diner avec le chanteur et musicien Karim Branis. A Prague j´ai fait la connaissance d’Aĺi Amrane qui était invité par les Kabyles qui vivent en République tchèque. Sur Facebook, je suis amie avec beaucoup d´artistes berbères qui voudraient aussi se présenter chez nous, comme les chanteuses Sissi Imaziten, Lifa Hennad ou Ferroudja Saidani. Je suis aussi en contact avec Yelas, Rachid Azzouz, Djilali Toumert et d´autres. 

En tant que Tchèque, avez-vous pensé à des projets personnels de production dédiés à la culture amazighe ?  

J´ai deux grands projets qui me tiennent à cœur. D’abord un film, parce que j´ai écrit un scénario et il est fin prêt. Ensuite, la fondation du Centre de l’histoire et de la culture tchéco-franco-berbère.  Pour ça, j´ai déjà un concept qui se trouve sur une de mes pages Facebook.  

Entretien réalisé par Moussa T.

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