Le hirak ce mouvement qui effraye l’ordre établi par son endurance

 

Au delà de son aspiration politique à une rupture radicale avec le système en place, le mouvement du 22 février, appelé hirak, donne de plus en plus la preuve qu’il sème la trouille auprès des partisans de l’ordre établi que le statu quo et la continuité d’une certaine façon de faire la politique arrangent.

Depuis son début, cette révolution du sourire a démontré une prise de conscience politique des plus intéressantes chez les Algériens.

Le caractère foncièrement pacifique de ce mouvement populaire a changé la géographie du civisme qui n’est finalement pas l’apanage de l’occident.

Cette maturité a surpris ceux au sein du pouvoir ou dans sa périphérie qui pensaient que c’était juste une réaction à la provocation par la présentation de Bouteflika à un 5ème mandat de trop.

S’inscrivant dans une rupture radicale avec le système et assumant des mots d’ordre qui reflètent la créativité populaire et sa conscience des véritables enjeux, le hirak s’est fait des ennemis dans tous les camps idéologiques.

Le changement dans le cadre de l’alternance clanique est le bienvenu mais la rupture radicale avec l’ordre établi et la police politique ont suscité des réactions hostiles au hirak.

Tous les moyens étaient bons pour le diaboliser. Du Toufikisme à l’islamisme en passant par le populisme, tous les « isme » négatifs ont été attribués au hirak comme qualificatifs.

Et pourtant sur le terrain des luttes, la composition socio-politique de la révolution du sourire est majoritairement démocratique.

Elle revendique un État civil et non militaire en priorité. Un principe fondamental inscrit dans la plate-forme de la Soummam que certains veulent présenter, je ne sais par quelle gymnastique politique, comme un slogan islamiste.

Disons-le sans tabous et sans ambages, la présence minoritaire pour ne pas dire insignifiante d’une certaine branche islamiste dans le hirak est l’expression de sa pluralité et sa conviction que tous les Algériens qui ne prônent pas la violence doivent s’exprimer pour construire un État de droit où la compétition idéologique serait garantie par des institutions légitimes issues d’une transition démocratique revendiquée haut et fort par le peuple.

La diabolisation du hirak s’est accélérée à l’approche du simulacre électoral du 12 décembre 2019, ce qui accrédite la thèse de l’agenda.

L’accusation de porter des slogans terroristes formulée d’une manière ouverte par les médias de la propagande officielle confirme que ceux qui étaient dans la mise en avant du débat idéologique ne faisaient que préparer l’opinion et assurer les préliminaires pour ladite propagande.

Que faire ?

Convaincu que la conscience de la jeunesse d’aujourd’hui a foncièrement dépassé les paradigmes du passé, il est pratiquement impossible que cette diversion tienne.

La priorité est donc de réfléchir à quoi faire du côté du hirak et non d’alimenter ce débat byzantin.

Dans ce contexte de reprise des actions de la rue, la révolution a besoin d’encouragement et d’accompagnement politique à travers une formulation en feuille de route de ses revendications.

Il s’agit pas de faire les rationnels qui veulent dresser un bilan partiel et malheureusement partial du mouvement.

Il s’agit plutôt de s’organiser (à ne pas confondre avec se structurer) pour mieux rentabiliser l’effort de la mobilisation de la rue.

Aux côtés de l’action de vendredi, la reprise de celle du mardi est primordiale.
L’engagement de l’université avec plus d’organisation dans le milieu estudiantin est le gage de garantie pour cette révolution.

Au niveau politique, Il est plus que nécessaire d’opposer une feuille de route qui adopte le consensus le plus large à celle du pouvoir.

La plateforme du PAD ainsi que les mécanismes de la transition démocratique proposés par un certain nombre de partis politiques peuvent servir d’esquisse pour un projet largement représentatif des revendications du hirak.

Opter pour l’élargissement du PAD ou se concerter pour une autre forme d’unité dans l’action, peu importe le choix, mais il faut agir dans ce sens.

Le hirak est plus que jamais vivant et surtout plus que jamais démocratique et déterminé à aller vers un État de droit où tous les Algériens sans exclusion aucune auront le droit de s’exprimer.

N’en déplaise aux défaitistes, le rapport de force bascule en faveur de cette option.

L’espoir y est.

Moussa Nait Amara

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