De l’islamisme en démocratie ou l’irréductible contradiction philosophique

 

Ceux qui pensaient ou continuent à croire que l’islamisme est miscible dans la démocratie sont soit d’indécrottables naïfs qui continuent à regarder la chose politique avec de candides yeux d’enfant, soit de sournois et habiles manœuvriers, en mission quasi clandestine, dont l’intention bien arrêtée, est de rééditer le schéma des années 90 qui ont fait de l’Algérie le tragique laboratoire du funeste projet intégriste. Ils devraient se rappeler, mais aussi simplement regarder autour d’eux de nos jours, vers les différentes régions du monde où cette idéologie est active avec le corollaire des effets et conséquences de sa prise ou tentatives de prise de pouvoir : aucun lieu sous son emprise, ou seulement en sa présence, n’a échappé aux massacres effroyables d’hommes, de femmes et d’enfants et à l’instauration d’une terreur qui ferait passer votre pire cauchemar pour une vision de bienheureux !

De Daech aux Shebabs en passant par Boko-Haram et ses émules dans le Sahel africain, sans oublier les différentes et nombreuses milices islamistes – sunnites et chiites confondues – qui empoisonnent et hypothèquent la paix dans tout le moyen orient, le chaos et la mort sont leurs valeurs sûres et le barème de leur engagement pour une cause qui plonge ses ramifications dans l’au-delà et la mythologie religieuse.

L’islamisme ne permettra jamais à un autre courant, politique, idéologique ou culturel, de coexister avec lui dans un système politique, quel qu’il soit, parce que sa seule existence en tant qu’ensemble d’êtres pensant différemment de lui l’insupporte à tel point qu’il fera tout pour les faire rentrer dans le rang – le sien – ou les éliminer physiquement de la scène. Aussi simple que ça !

Pendant que la démocratie peut être définie comme le gouvernement du plus grand nombre soutenu par des règles permettant à des gens aux idées disparates de gérer pacifiquement leurs différences, voire leurs divisions, l’islamisme, lui, ne peut être regardé que comme un absolutisme théocratique liberticide alimenté par une idéologie obscurantiste et rétrograde qui impose une uniformité de pensée et de comportement, le tout assujetti à un chef autocrate et infaillible, le guide. Son seul modèle politique est le fascisme. Ils sont nés tous les deux, dans les années 20, du même sentiment de défaite et d’humiliation et ont le même objectif :  » ériger un empire, qui présuppose l’extermination totale de ses ennemis. L’un croit à la supériorité de la race aryenne, l’autre est convaincu de la supériorité morale des musulmans face au reste de l’humanité non croyante « (1). Hassan al-Banna, le fondateur des frères musulmans, vouait une immense admiration à Hitler et à Mussolini. Il écrivit, durant la Seconde Guerre mondiale, que  » Hitler et Mussolini ont conduit leurs pays vers l’unité, la discipline, le progrès et le pouvoir. […] Dès que le Führer ou le Duce parlait, l’humanité, oui, l’univers obéissait, avec un profond respect. « (2) Les Frères musulmans ont fait même accroire que le führer allemand s’est converti à l’islam et qu’il a entrepris en secret un pèlerinage à La Mecque qui lui a valu le nouveau et très musical nom de Hadj Mohamed Hitler ! Malgré son aryanisme et son mépris des autres races, il était présenté en Afrique du Nord comme le défenseur de l’islam !

Amin al-Husseini, l’ancien mufti de Jérusalem que Hassan al-Banna portait également aux nues, disposait, en 1941, en Allemagne d’une radio en arabe à partir de laquelle il haranguait les musulmans, notamment les Bosniaques, leur enjoignant de rejoindre les divisions SS d’Hitler.
Le lien et la subjugation des islamistes par le fascisme nazi et leur aversion pour toute autre organisation étatique autre que théocratique étant de notoriété publique, il ne faut pas s’attendre à ce que la démocratie trouve grâce à leurs yeux, ou seulement alors le temps d’accaparer le pouvoir. Après, seule l’Histoire des autres Nations témoignera que l’Algérie avait connu, il fut un temps, un autre système politique.

L’islamiste, quant à lui, n’est pas un croyant ordinaire pratiquant paisiblement sa religion et cultivant la ferveur de sa foi, dans les lieux à ce réservés, dans la recherche de la vie spirituelle ou de la paix intérieure, mais un militant et un soldat engagé publiquement dans un combat pour faire triompher sa cause à laquelle il se voue corps et âme et envers et contre tout et tous ! Cet objectif, glorifié jusqu’au martyre, transcende les aléas politiques et humains pour se lier intrinsèquement et inextricablement avec l’irrationnel et l’au-delà ! Le discours des hommes n’a plus de prise, ni de portée et le débat n’est, dès lors, que blasphème et mécréance ! Une perte de temps.

La question de l’Etat-Nation, son territoire et ses frontières tout autant que le développement du pays, sous tous ses aspects, l’indiffèrent et n’entrent ni dans son programme, ni dans son objectif. C’est même, de son point de vue, une contrariété parce que un pays prospère fournit à ses citoyens une culture et un niveau de vie qui peuvent s’avérer, pour l’islamiste, une distraction confinant au péché et qui peut détourner les futurs soldats de leur voie royale qui est le djihad pour l’instauration de l’ordre de Dieu sur terre et la restauration du Califat qui transcende les frontières, les races et les cultures!
Alors, oui, tout comme le serpent dans la capuche (azrem uqelmun), l’islamisme dans la démocratie est une bombe à retardement qui n’attend que son heure pour éclater et enclencher l’avènement d’un règne perpétuel et irréversible. Une fois la théocratie installée aucun retour en arrière ne sera possible. On a bien vu des royautés aller vers la démocratie (toutes les monarchies constitutionnelles) et même des dictatures militaires revenir vers des régimes de souveraineté populaire (Portugal, Grèce, Argentine…), mais jamais une théocratie ! Répétons-le : l’islamisme, c’est comme la mort, on n’en fait l’expérience qu’une fois !

Nous avons déjà fait la malheureuse expérience de la question berbère renvoyée, dans un souci d’unanimisme, à l’indépendance. Pour quel résultat ? Pour finalement tomber sous la coupe d’un arabo-baathisme plus destructeur pour Tamazight que le système colonial originel ! De même, cette recherche d’union forcée par laquelle le Hirak tente de concentrer ses énergies uniquement sur l’éradication du système en s’accommodant d’une présence, ostensiblement subversive et grosse de dangers, des islamistes augure de lendemains lugubres aux chants funèbres. La question de la nature démocratique de l’Etat en projet se pose, crucialement, ici et maintenant ! On ne confie pas aux urnes les questions existentielles et les choix de destin ! Les urnes n’ont de rôle à jouer que dans le choix des hommes et des programmes, pas dans la nature de l’Etat ! Quand on décide de vivre, la mort n’est pas une alternative !

L’Algérie, pays à la vue et mémoire courtes s’il en est, a trop vite oublié les 200 000 morts causés par les islamistes et les nombreuses années de terreur et de destructions qui n’ont épargné personne. Au lieu que ces derniers rasent les murs en s’excusant du mal qu’ils ont fait, le Mal en personne est venu leur donner l’absolution et a permis leur indécente réhabilitation contre les mémoires, le droit et l’avenir du pays ! Cette ressuscitation calculée de l’hydre intégriste, militairement morte et enterrée en 1997, s’est faite contre le peuple et la liberté afin que perdure la bipolarisation du pays par laquelle le pouvoir pense pouvoir se perpétuer en n’offrant à son peuple que le choix cornélien de lui ou du chaos !

Mohand-Ouïdir Boumertit
(1) Hamed Abdel-Samad : Le fascisme islamique-Une analyse (Editions Grasset).
(2) Ibid.

This website uses cookies to improve your experience. We'll assume you're ok with this, but you can opt-out if you wish. Accept Read More

%d blogueurs aiment cette page :