Pourquoi Jean Castex a annulé sa visite à Alger ?

Le premier ministre français Jean Castex qui devait être ce matin à Alger pour une visite officielle de deux jours n’y sera pas. La visite est reportée à une date indéfinie pour, dit-on officiellement, des raisons sanitaires. De quoi tuer le plus sot de la planète d’hilarité !

Mais pourquoi attendre les dernières heures pour surprendre Alger de l’annulation d’un événement aussi important préparé depuis longtemps ?

Les analystes ne sont pas d’accord sur les raisons sous-jacentes à ce croche-pied qui a mis mal à l’aise le régime d’Alger, lui qui voulait faire de cette visite une grande preuve de sa frequentabilité à l’échelle internationale dans une phase de retour en force du Hirak, ce contestataire de sa légitimité.

Parmi les raisons évoqués, les analystes mettent en avant l’ampleur de l’affaire de l’enfant Said Chetouane qui a ému profondément l’opinion publique nationale et internationale. Le traitement scandaleux réservé par le régime d’Alger, via son appareil judiciaire dépendant, aux activistes ayant révélé l’affaire, a rendu la poignée de main prévue entre Jean Castex et Abdelmadjid Tebboune porteuse de risques politiques évidents pour le président français Emmanuel Macron et tout son gouvernement. Sur la scène politique et médiatique française, il est des limites d’éthique et de compromission qui ne se franchissent pas sans payer lourdement la facture de passage.

Par ailleurs, des sources parlent d’un rapport confidentiel transmis, sous le seau de l’urgence, à l’Elysée faisant état d’une forte probabilité de réaction grandiose du peuple Algérien à cette visite, perçue par l’écrasante majorité des Algeriens comme une forme de provocation et partie prenante de la contre-révolution engagée par le régime en place. Ledit rapport souligne un risque de dérapage à conséquences désastreuses, surtout que cette visite intervient au lendemain d’une émission de signes de durcissement de l’approche sécuritaire dans la gestion de la crise politique, contenus dans le dernier communiqué du Haut Conseil de sécurité présidé par le très contesté Abdelmadjid Tebboune.

La réaction forte des internautes Algériens à la venue du chef des Armées, reçu par le général Chengriha, a donné un avant goût amer de ce qui attend le premier ministre.

Les autorités françaises ont dû également considéré la prévalence des slogans anti-français dans les dernières marches du Hirak, en réaction aux déclarations de Macron lors de la trêve sanitaire décidée unilatéralement par l’opposition. Du coup, ils ne veulent pas rajouter plus d’huile au feu anti-français allumé par les appels téléphoniques du président français le moins réservé de toute la V République, et qui deviennent de trop aux yeux des Algeriens.

D’autres analyses évoquent la demande du chef d’Etat major Said Chengriha à son homologue français de remettre les cartes topographiques des sites du sud algérien où la France avait fait ses essais nucléaires. Cette demande serait interprétée par les autorités françaises comme une sorte de surenchère afin d’obliger la partie française à ne pas être trop bavarde sur la situation des droits de l’homme lors de la visite de Castex et de forcer la main à Paris de mettre en pratique la convention d’extradition des personnes demandées par la justice Algérienne.

Dans tous les cas, il est naïf et peu digeste de croire que la visite de ce rang soit annulée à cause d’une situation sanitaire dont l’essentiel de la gestion incombe aux seules autorités… sanitaires.

Chabane Bouali

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