Tarik Braik étudiant à Tizi-ouzou et coordinateur régional des JP-RCD à Ameslay : «L’université est devenue une salle d’attente pour un visa d’études».

 

Ameslay : Pouvez vous nous faire un état des lieux de l’université de Tizi-ouzou,sur le plan pédagogique et  des œuvres universitaires ?

T.Braik : L’Université est en principe un espace de savoir, de science, de culture, de recherche scientifique, d’invention… qui représente le moteur, l’essence et le fer de lance de toutes les révolutions de par le monde. Hélas, en Algérie cette noble enceinte est réduite aux proportions d’une salle d’attente pour un visa d’études, voire à un pont entre l’Algérie et la France. Cette dégradation de l’université ne date pas d’aujourd’hui mais bien plus loin que ça. Nous nous souvenons tous de la fameuse phrase du chef de l’État déchu le 02 avril 2019 où il disait aux premières années de son premier quinquennat qu’il allait rendre l’université à l’image de la société. Un processus s’est mis, depuis, en exécution , surtout à l’université Mouloud MAMMERI qui représentait à cette époque le symbole du combat et de la lutte pour les libertés démocratiques.

Durant le mouvement citoyen en Kabylie, le pouvoir à travers ses acolytes, a commencé à infiltrer les comités autonomes, syndicats des enseignants et du personnel ATS de l’université Mouloud MAMMERI et à installer ses subordonnés aux postes clés de l’administration, notamment rectorales.  Mais il n’est pas arrivé  pour autant à anéantir le syndicalisme et la politique au sein de cette université.

Après le mouvement de protestation des Étudiants en 2011 et , surtout, après la marche du 12 avril 2011 à Alger suite à l’appel de la coordination nationale autonome des Étudiants  » CNAE » ,qui a réussi à briser l’état d’urgence installé depuis 2001, le pouvoir a changé de stratégie, en optant pour celle d’instaurer un climat de peur et de terreur à l’université . Il s’est investi dans la normalisation, la tchétchénisation et la clochardisation  dans le but de venir à bout de cette université qui porte le nom de l’Amusnaw.

Le processus de l’enterrement de l’Université Mouloud MAMMERI est, alors, enclenché en faisant d’elle un foyer de tous les fléaux sociaux. Le climat d’insécurité s’y est installé. Toutes sortes d’agressions sont devenues le lot quotidien  des universitaires, surtout dans le campus Hasnaoua  qui abrite , pourtant , le siège du rectorat à l’ombre duquel se déroulent les scènes propres aux cités-gangsters. Pire, l’époque bouteflikienne a laissé des séquelles inguérissables, surtout, dans le secteur des œuvres universitaires où la corruption a poussé sur les trottoirs même de l’UMMTO.

Avec des sommes phénoménales allouées, nous nous retrouvons avec des résidences universitaires qui possèdent 2 douches, 3 sanitaires , 80 chaises au restaurant de la résidence pour un total de 1500 étudiants. Qu’attend-t-on de ces étudiants qui vivent dans un camps d’isolement ?

Ameslay : Dernièrement, une polémique a été engagée concernant la régression de l’engagement politique de l’université de Tizi-ouzou, pouvez vous éclairer nos lecteurs?

T.Braik : Oui. c’est vrai. Il y a une régression importante dans la mobilisation des étudiants durant les marches du mardi et dans toutes sortes de rassemblements politiques à l’intérieur des campus. tout cela n’est évidemment pas un fait de hasard. Comme je l’ai souligné auparavant , le pouvoir a beaucoup investi sur Tizi-Ouzou et plus particulièrement à l’université Mouloud MAMMERI où il a infiltré les comités autonomes à travers ses acolytes et sa nouvelle clientèle, et a fait de ces derniers ( comité autonomes ) un appareil pour instaurer son agenda et ses feuilles de routes à l’université et dans la région en général. Tout cela s’est accentué avec la perte de confiance des étudiants en ces syndicats des étudiants où les affidés du pouvoir ont planté un climat de méfiance, de doute entre les étudiants et surtout après plusieurs séries et campagnes de stigmatisations  touchant plusieurs syndicalistes et actifs connus pour leur engagement et intégrité au sein des mouvements estudiantins.

Par ailleurs, au-delà de toutes ces pratiques diaboliques de la police politique, le leadership a amplifié la division dans les rangs des étudiants et ce, au moment où l’union de toutes les forces vives de l’université est plus qu’un devoir.
En fait, tout le plan diabolique du pouvoir repose sur le principe de violation, par truchement de ses éléments acquis,  des franchises universitaires chèrement arrachées dans des révolutions sanglantes de par le monde. En conclusion, il y a dans les faits une véritable volonté de placer des postes avancés des services de sécurité devant tous les portails des campus universitaires de l’université Mouloud MAMMERI pour anéantir et exterminer l’action syndicale, culturelle et politique en son sein.

Ameslay : Y a t-il des concertations en perspective pour redynamiser les luttes politiques et syndicales au niveau de l’université Mouloud Mammeri ?

T.Braik : Pour moi, je demeure convaincu qu’il n’y aura nul salut pour notre université en dehors de l’Union de toute la communauté universitaire, sans exclusion aucune. C’est l’unique voie  pour espérer dépasser cette situation délicate et sans précédent que l’université est en train de vivre.

Pour cela, nous avons entamé une série de concertations avec un nombre important d’actifs de l’université, que ce soit dans les corps des étudiants, des enseignants ou des personnels ATS. L’objectif est d’arriver à mettre sur pied un cadre communautaire qui sera voué spécialement au processus révolutionnaire en marche et au sauvetage de notre université. Le cadre organisationnel recherché  sera différent des schémas habituels , sans toucher aux structures autonomes.

En somme, la situation que vit l’Université Mouloud Mammeri est d’une extrême gravité . Elle dévolue du pire à l’inconnu. Du coup, nous sommes tous interpellés par un devoir et une responsabilité morale à agir en tant qu’étudiants, enseignants, personnels ATS, administratif, départemental, rectoral, mais aussi élus locaux et représentants de comité de village afin d’y remédier. Nous avons le devoir historique d’agir vite car nous n’avons point de richesse et/ou de puits de gisement que l’université Mouloud Mammeri .

Entretien réalisé par Moussa Nait Amara 

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