La course à l’échalote !

Tout comme l’enfant pris dans la dispute de ses parents prodigue des encouragements aux deux pour n’être contre personne, le régime algérien joue sur les deux tableaux de la démocratie et de l’obscurantisme religieux pour tirer le meilleur profit de chacun d’eux. Il fait semblant de respecter les canons démocratiques pour complaire à un auditoire externe et aligner des chiffres et des textes législatifs pouvant participer à classer faussement le pays parmi les Etats non dictatoriaux, mais il fait tout en interne pour que l’islamisme ne perde pas une once de son hégémonie sur la société en lui accordant tous les pouvoirs de contrôle et de coercition qu’il peut déléguer sans trop compromettre sa propre survie.

Sinon comment faut-il comprendre qu’au XXIe siècle, l’Algérie puisse pondre une loi avant-gardiste exigeant la parité hommes-femmes sur les listes électorales et permettre ensuite que sur les affiches y relatives les femmes se présentent sans visage pour se conformer à une obédience salafiste qui contredit fondamentalement le projet initial ?

Exiger la parité par la force de la loi pouvait signifier que l’Algérie a choisi de heurter de front des sensibilités passéistes, voire de casser sans ménagement les barrières sociales archaïques qui empêchaient traditionnellement l’émancipation de la femme dans les sociétés musulmanes. Cela pouvait également dire que le pays a décidé d’introduire la femme dans le jeu politique afin de lui permettre de se prendre elle-même en charge et de défendre ses droits mieux que ne le feraient des hommes peu enclins à les lui accorder, ni en particulier à lui céder la place ! L’Algérie se placerait ainsi dans la catégorie des Etats à législation avancée où aucune partie de la société n’est favorisée au détriment d’une autre et où l’une des discriminations les plus combattues au monde est sur la voie de son abolition. Encore faut-il harmoniser le corpus juridique interne en abrogeant le code de la famille, d’essence anticonstitutionnelle qui remet toute cette idée en cause, et inciter par d’autres textes volontaristes la société à se départir de sa défiance atavique envers tout ce qui peut représenter le sexe féminin !

D’un autre côté, laisser faire que des femmes se présentent aux élections sans visage sur les affiches électorales, en plus d’exposer au ridicule, montre que tout ce qui précède n’est que démagogie à usage externe et que la parité n’est qu’un simple exercice de terminologie accompagné de velléités artificieuses pendant que, dans le fond, rien n’a réellement changé. La dissimilation du visage des femmes sur les affiches est un net recul, même par rapport aux traditions maghrébines qui acceptaient qu’une femme de notoriété publique soit connue, voire reconnue ! L’arabo-islamisme est ainsi sauf et tout rentre dans l’ordre des choses voulu et établi pour préserver les équilibres de pouvoir soigneusement échafaudés. L’islamisme peut dormir sur ses deux oreilles, le régime algérien veille sur ses intérêts !

Une femme qui se présente au suffrage populaire mais n’ose pas montrer son visage, parce que soumise ou convaincue d’une idéologie rétrograde, est incapable de défendre les droits d’autrui puisqu’elle renonce délibérément aux siens ou les méconnait dramatiquement. L’un dans l’autre, elle n’est plus porteuse de perspective et ne risque pas de devenir une fervente militante du progrès social ! En conséquence, elle fera au mieux preuve d’absentéisme en faisant la nique à ses électeurs afin de se conformer aux exigences de sa condition et ne pas heurter ses propres convictions et, au pire, votera des lois contraires à l’émancipation de ses compatriotes femmes pour rester en phase avec son éthique d’arrière-garde !

La candidate qui cache ainsi sa physionomie saisit-elle tout le sens de son attitude ?
Dissimuler son visage à son électorat renferme un curieux paradoxe : celui de demander à des inconnus de la choisir tout en faisant de son mieux pour demeurer volontairement inconnue d’eux ! En d’autres termes, en plus du mépris que cela représente envers les électeurs, c’est à tout le moins une insulte à leur intelligence que de leur demander de voter en faveur d’une parfaite inconnue qui ne leur propose rien en contrepartie. Pas même la garantie d’une réelle représentation puisqu’en dehors du cercle restreint de sa famille qui produira un vote alimentaire ou de son milieu professionnel lorsqu’elle occupe un emploi, c’est l’anonymat qui l’enveloppe comme les ténèbres dont elle se réclame ! C’est considérer les électeurs comme un troupeau de bestiaux qui ne veut, ni n’a besoin de savoir, où il va et sous la direction de qui il va. Une déconsidération des autres alourdie d’un défaut de confiance contraire aux principes mêmes du mandat électoral ! Un non-sens logique déconcertant. Une absurdité pure et parfaite !

Ces femmes qui acceptent de souffrir le suffrage des électeurs tout en se revendiquant de l’islamisme qui fait d’elles des moitiés d’hommes, doivent accepter leur condition religieuse et jouer, en conséquence, le jeu de la cohérence logique que commande leur idéologie. Pour concurrencer ou battre un candidat masculin, elles doivent réunir le double ou plus des voix que celui-ci aura obtenues. Comme cela se fait déjà dans l’héritage selon le code de la famille ou le témoignage devant les tribunaux, il faut deux femmes députées pour égaler un seul de sexe masculin ! Dans la bouffonne future APN, le décompte des voix se fera en comptant pour moitié celles des fantômettes qui se seront exprimées. Il faudra aussi, pour l’administration de l’assemblée, prévoir des frais supplémentaires pour les tuteurs qui les accompagneront lorsqu’elles viendront siéger à Alger ! On ne peut pas se revendiquer partiellement d’une religion en en triant les versets : c’est tout ou rien !

Bref, c’est déjà le cirque avec les truculentes affiches des candidats masculins qui rivalisent de loufoqueries et d’extravagance tant dans le propos que dans la tenue, pour ne pas en rajouter avec des candidates incorporelles qui, pour se faire élire incognito, font dans l’ésotérisme en attribuant à la seule magie du nom des pouvoirs surnaturels qui feront de leurs délires fantasmés d’aujourd’hui leur réalité psychédélique de demain ! L’Algérie nouvelle, c’est pour eux et le changement, c’est déjà eux ! Gageons que des philtres et autres amulettes propitiatoires pour forcer le destin sont déjà en préparation et la foire du 12 juin définie comme le jour des prémices de leurs effets enchanteurs !

Attendons pour voir le souk que cela va donner et apprécier le spectacle. Tout sera haut en couleurs, même les prix : un candidat s’achète à l’encan pour moins qu’une mensualité de député ! Ce qui explique leur course effrénée à l’échalote !

Le pouvoir recueillera la farine du type de grain qu’il aura mis dans sa meule !
D ayen iger i tsyert ara s-d-ẓeḍ ! 

Mohand-Ouïdir Boumertit 

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