Abstention : la participation inversée !

 

Tebboune solennel : « J’ai déjà déclaré que le taux de participation ne m’intéressait pas. » Un président qui dit ça à l’occasion d’élections législatives anticipées montre qu’il est donc plus attentif au formalisme de ces élections qu’à leur signification politique ! Et il a raison tant sa logique de perception de l’évènement est aux antipodes de celle du reste des Algériens.

Le régime derrière Tebboune s’est mis martel en tête de se régénérer aux commandes du pays à travers un simulacre de rituels pseudo-démocratiques pour se construire une régularité juridique qui emprunterait la voie de consultations électorales et pouvoir donner, ainsi, le change d’une démocratie à l’opinion internationale. La légitimité populaire lui ayant été définitivement refusée par le peuple, il ne la recherche plus, sachant vaines toutes ses démarches dans ce sens, et s’emploie à la contourner en controuvant des expédients tous faisant office d’étapes cruciales sur sa feuille de route qu’il s’acharne à concrétiser au pas de course, seul contre tous, contre vents et marées, mais surcout contre la volonté populaire ! Pourquoi voudrait-on donc que Tebboune s’embarrasse du taux de participation qu’il sait lui être défavorable et contre lequel il avait déjà prévenu que sa faiblesse ne constituerait pas un critère de validité des élections projetées ? Nous y voilà et le voici jouant un rôle fait pour lui et qu’il avait maintes fois répété.

Le taux de participation, autrement dit l’abstention, est l’arme fatidique encore accessible aux Algériens, soumis ces derniers mois à un musèlement des libertés et un harcèlement répressif féroces, pour donner démocratiquement leur avis. Ce qu’ils ont magistralement fait samedi dernier. Si le président en place n’est pas intéressé par le taux de participation, peut être que le taux d’abstention hallucinant de 70 % , malgré les tripatouillages habituels des résultats, l’interpellera ! Si on fait le compte de sa mauvaise élection avec 40 % de participation, du référendum constitutionnel avec 23 % et des élections actuelles avec seulement 30 %, force est de conclure que le régime actuel est le plus illégitime qui se soit porté à la tête du pays depuis l’indépendance ! Je ne dis pas le plus mal élu parce que, quel que soit la participation, la tentation de truquer les élections a toujours été son violon d’Ingres. Celles-ci ont toujours été un simple paravent à une désignation.

D’ailleurs, toujours aussi caustiques et fins observateurs, les Algériens ont pris acte que le jour des élections, le taux de participation à l’échelle nationale était de 14 % à 16 heures, mais que seulement quatre heurs plus tard, soit à 20 heures après prorogation de la durée du scrutin, il est passé miraculeusement à 30 % ! Soit plus du double en deux fois moins de temps ! Ils ont immédiatement fait de Charfi, le président de l’ANIE, l’homme du match auquel revient le mérite de cette fabuleuse remontada !

La gifle magistrale est venue, comme d’habitude, de Kabylie où, malgré le vote discipliné des corps constitués, les scores ne dépassaient pas 0,5 % (Tizi Ouzou) et 0,7 % (BéJaïa) ! Une gifle qui pose, en outre, un véritable problème de dissidence démocratique de cette région qui n’est plus, de fait, rattachée politiquement au pouvoir central qu’elle a maintes fois répudié, particulièrement lors des trois dernières consultations électorales. De plus, avec moins de 1 % des suffrages, on ne peut légitimement considérer ceux qui sortiront des urnes de cette région comme ses véritables représentants à l’APN ! Une parcelle du territoire qui ne fait plus partie du jeu politique et institutionnel du pays. Que faire pour réparer ? Envisager un statut particulier est peut être la meilleure voie à explorer. Parce que continuer à ignorer cette région va nécessairement augmenter les sentiments de dépit et de défiance qui prévalent déjà vis-à-vis d’Alger et creuser davantage le fossé existant tandis que la stigmatiser outre mesure ou la ghettoïser, comme c’est déjà le cas, exacerberait les extrémismes et les velléités séparatistes dont les courants sont déjà présents dans la région qui risque de devenir plus réceptive à leur égard.

A moins que le pouvoir ne décide de se rallier aux thèses de l’idiot de sénateur Benzaïm !

Mohand-Ouïdir Boumertit

This website uses cookies to improve your experience. We'll assume you're ok with this, but you can opt-out if you wish. Accept Read More

%d blogueurs aiment cette page :