Institut Français d’Alger: La vie et l’œuvre de de Mohand Tazerout en débat

L’Institut Français d’Alger (IFA) organise mardi 9 octobre 2018, à partir de 18h, une rencontre intitulée « Mohand Tazerout, la vie et l’oeuvre d’un intellectuel algérien », animée par Jacques Fournier.

Ecrivain, traducteur et philosophe de haute facture, Mohand Tazerout reste une figure intellectuelle méconnue en Algérie. En mai 2015, un hommage lui avait été rendu par la Bibliothèque nationale d’Algérie, quelques écrits évoquent de temps à autre, dans la presse nationale, son brillant parcours mais il reste, force est de le reconnaître, comme frappé de censure, son œuvre n’étant nulle part enseignée.

Pour l’avoir intimement côtoyé, l’ancien secrétaire général du gouvernement français et gendre (le mari de sa fille), Jacques Fournier, avait animé une première conférence au Centre d’études diocésain les Glycines, en décembre 2015 intitulée « Ma rencontre avec Mohand Tazerout. Itinéraire d’un intellectuel algérien ». Ce mardi donc, il donnera une nouvelle communication consacrée à cet intellectuel racé dont l’œuvre mérite d’être dépoussiérée.

Naissance au village de Tazerout

Originaire du petit village de Tazerout, dans la commune d’Aghribs, près d’Azazga, dans la wilaya de Tizi Ouzou, Mohand y voit le jour en 1893.

Après une formation coranique acquise auprès de son père (ou de son oncle), le jeune Mohand est inscrit à l’école indigène du village où il reçoit un enseignement académique auprès d’un couple de jeunes instituteurs français. Il poursuit ensuite sa scolarité à Alger où il passe en 1912 son brevet élémentaire après quoi, il intègre l’école normale supérieure de garçons de Bouzareah avant d’être nommé en mai 1913 instituteur adjoint à Theniet el Had. Il y termine l’année scolaire mais à la rentrée, il ne revient pas. On raconte que Mohand Tazerout serait parti faire le tour du monde, faisant d’abord une halte en Egypte où il aurait suivi des cours à l’université El Azhar, il serait ensuite parti en Iran, en Russie puis en Chine, apprenant au passage le perse, le russe et le mandarin. Il ne serait revenu en Europe qu’en 1917 pour prendre part à la 1ère Guerre mondiale. Une version contestée par son gendre Jacques Fournier qui, lors de sa première conférence à Alger, avait confié : « La réalité est différente, car ce récit ne résiste malheureusement pas à l’examen des faits. Je me réfère ici à l’étude extrêmement fouillée de Mme Nedjma Abdelfettah Lalmi, publiée sous le titre « Mohand Tazerout ou l’impossibilité d’une voie tierce » qui a paru dans un ouvrage collectif « Savoirs d’Allemagne en Afrique du nord XVIII – XXème siècle » publié en 2012 aux éditions Bouchène. Mme Lalmi est allée aux sources, elle a consulté les archives, les faits qu’elle expose sont avérés. Sa recherche montre qu’il y a effectivement un trou, dans l’histoire connue de Mohand Tazerout, entre l’été 1913 et le début de l’année 1914. Mais l’on retrouve bientôt ses traces puisqu’il s’engage en janvier 1914, à Blida, dans le 1er régiment de tirailleurs algériens, avant de participer, dès son début, à la guerre de 14 ». S’interrogeant sur ce qui aurait pu se passer durant ces quelques mois, il ajoute : « Il est fort possible qu’il ait fait alors un voyage à l’étranger, peut-être en Egypte. Il nous racontait effectivement avoir parcouru le monde en qualité de secrétaire d’un personnage important. S’agissait-il de l’ethnologue allemand Léo Frobenius ? C’est l’hypothèse formulée par Alain Messaoudi qui a finalisé l’article de Mme Lalmi. Rien, à ma connaissance, ne permet de confirmer ou d’infirmer cette hypothèse. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que, quels que fussent ses dons, ce jeune algérien de vingt ans, qui n’avait pas encore entamé ses études supérieures, n’a pas pu, en ce court laps de temps, aller dans trois pays lointains, assimiler leurs civilisations et apprendre leurs langues ».

Mobilisé durant la grande guerre de 14-18, Mohand Tazerout « est gravement blessé, au bout d’un mois, à Charleroi. Il est fait prisonnier et sera en captivité, d’abord en Allemagne, puis en Suisse, avant d’être libéré et affecté au Maroc jusqu’à la fin du premier conflit mondial », avait-il encore indiqué.

En 1917, Mohand Tazerout épouse Angèle Foucher, enseignante, qui lui donnera trois enfants dont Jacqueline, l’épouse de Jacques Fournier.

Après la fin de la 1ère Guerre mondiale, Mohand Tazerout enseigne l’allemand, en parallèle, il passe son baccalauréat option philosophie et poursuit ses études supérieures jusqu’à l’agrégation. Il devient un germaniste reconnu. Selon Fournier, sa production intellectuelle sera dès lors « considérable ». On lui compte la traduction de l’ouvrage colossal de l’historien et philosophe allemand Oswald Spengler « Le déclin de l’Occident » (5 volumes de 300 pages chacun). Cette traduction paraît en 1931 chez Gallimard et c’est, à ce jour, la seule traduction en français. Il traduit également « Histoire des peuples et des Etats islamiques : depuis les origines jusqu’à nos jours » de Brockelmann qui paraît chez Paris Payot en 1949…etc

Entre 1955 et 1959, il publie « Au congrès des civilisés » chez Subervie « qui édite à cette époque des livres engagés sur la guerre d’Algérie », précise encore Fournier et d’ajouter : « C’est à ce moment-là, et à ce moment seulement, dans la décennie 50, alors que se déclenche la guerre d’Algérie, que Mohand Tazerout va progressivement se tourner vers ses origines. Il fait un voyage en Algérie en 1954. C’est l’occasion de prendre ou reprendre certains contacts (…). Mohand Tazerout va prendre alors un parti de plus en plus affirmé en faveur de l’indépendance de l’Algérie ».

Son œuvre devient, à partir de cette période, plus incisive et plus engagée (Essai génétique sur la race, les peuples, les nations, la démocratie-1959, Les problèmes de la coexistence pacifique-1960, Histoire politique de l’Afrique du nord- 1961, récemment rééditée en Algérie,…).

Installé à Tanger au début des années 1970, il y meurt en 1973, à l’âge de 80 ans.

Né à Epinal le 5 mai 1929, Jacques Fournier passe sa jeunesse et fait ses études à Alger. Ancien énarque, il occupera notamment les fonctions de conseiller juridique de l’ambassade de France au Maroc entre 1961 et 1964, conseiller d’Etat, secrétaire général adjoint de l’Elysée, secrétaire général du gouvernement.

A noter que pour assister à la conférence, il faut réserver à l’adresse suivante :

conferencejacquesfournier2018.alger@if-algerie.com

Kahina A.

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