Performance algérienne dans le domaine de la céréaliculture: Le facteur pluviométrique sciemment occulté

Le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, Abdelkader Bouazghi a annoncé récemment que l’Algérie était capable «d’arrêter l’importation des produits agricoles de façon effective d’ici trois ans». Les chiffres réalisés cette année et les indicateurs de production sont à même de permettre au secteur d’arrêter graduellement l’importation d’ici trois ans, a argumenté M. Bouazghi.

Notons que l’Algérie a réalisé une production céréalière de plus de 60 millions de quintaux au titre de la saison agricole 2017/2018. La production des céréales en 2018 est de 220,257 milliards DA, dont 141,766 milliards DA de cette valeur constitués de blé dur. Cette dernière représente 7,5% de la valeur de la production agricole globale de 2017 et la consommation nationale par habitant et par an se situe autour de 251 kg.

Aujourd’hui, au département de l’Agriculture, on se plait à évoquer la bonne nouvelle et à dire que si l’Algérie a pu atteindre ce niveau de production, c’est grâce à l’Etat qui a multiplié l’investissement dans les domaines de la production, notamment à travers l’élargissement des superficies irriguées, la mise en valeur des terres et l’encadrement des agriculteurs dans la maîtrise du processus technique de production en se basant sur les coopératives agricoles et les établissements publics relevant du secteur.

Au-delà des satisfécit officiels, si on s’amusait à faire une comparaison des volumes de production céréalière en Algérie durant la période allant de l’année 2000, année de la mise en œuvre du  Plan national de développement agricole (PNDA), initié par le président de la république, il est aisé de constater que l’amélioration de la productivité des céréales est un processus qui a évolué en dents de scie avec une moyenne de production ne dépassant pas les 37 millions de quintaux. Le pic de 61 millions de quintaux réalisé en 2009 semble être l’exception qui confirme cette règle.

Une simple analyse de ces données nous amène à dire que cette performance est due tout simplement à une pluviométrie exceptionnelle qui a marqué la saison céréalière 2017/2018 et qui a donné lieu à une récolte exceptionnelle.

En 2009 déjà, année du record réalisé par les céréaliculteurs algériens, le ministre de l’Agriculture de l’époque, le Dr Rachid Benaïssa, avait prévenu : « le premier défi que les céréaliculteurs algériens devront relever sera de minimiser les pertes qui ont atteint 12% de la production de céréales de l’Algérie, soit un peu moins de 800 000 tonnes. Ces pertes sont imputables à la non-maîtrise de l’itinéraire technique, à la vétusté des machines utilisées et à un degré moindre aux incendies et reconversion en fourrages, plus on avancera en termes techniques, plus ce taux va diminuer ».

Toujours est-il que dans le bilan présenté récemment par le ministre Bouazgui et à travers les sorties médiatiques  de ses différents collaborateurs, il n’est point question de l’élément  primordial et déterminant qui a contribué à ce  résultat plus que positif, à savoir l’enregistrement d’un très bon apport pluviométrique « au moment où le stade phénologique de la céréale avait le plus besoin pour faire grossir le grain », comme l’explique des spécialistes.

Ramdane Yacine

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